Les discours d'adieu


 

Monsieur Jean Faure est le fondateur de l'Ecole française de Nha Trang (1948) qui, par la suite, devient Collège Français de Nha Trang.


Il a assumé la fonction de Directeur de 1948 à 1965. Lors de son départ un banquet d'adieu a été organisé en son honneur. Vous trouverez ici les discours prononcés en cette occasion par monsieur Jean Faure, monsieur Sandjivy économe et surveillant général, monsieur Jehn enseignant et monsieur Đào Huy Kình président de l'association des parents d'élèves.




Discour de Mr FAURE

Directeur du Collège Français de Nhatrang





Allocution prononcée par Mr Le Surveillant Général


Monsieur Le Président,

Monsieur Le Directeur,

Mes chers Collègues,

Mesdames, Messieurs,

Mes chers enfants,


Rassurez-vous !


Ayant, pendant des années, interdit aux élèves de parler, de bavarder, de faire du bruit; ayant représenté, ici, comme ailleurs, la discipline du " silence ", je ne vais pas profiter de cette occasion pour ... bavarder ! et comme vous le voyez, il me faut, à moi-même, un papier pour pouvoir dire :


UN GRAND MERCI !


Vous êtes venus, si nombreux, non pas seulement en l'honneur de mon départ, mais surtout, en l'honneur de Mr le Directeur, qui, soutenu, encouragé par Mme FAURE, si active, si dévouée, est parvenu à force d'obstination, de courage et ... combien de diplomatie ! à créer ce Collège où, bientôt, nos enfants pourront achever leurs études secondaires et obtenir, ainsi, leur diplôme de bachelier complet.


Un grand merci à notre dynamique et persuasif Président pour ses paroles aimables et élogieuses, à Mr JEHN, éloquent interprète des sentiments de ses élèves et, à vous Parents, pour l'affectueuse collaboration que vous n'avez jamais cessé de m'accorder et sans laquelle ma tâche n'aurait pu être menée à bien.


Enfin et surtout un grand merci, à vous, mes chers enfants, pour votre gentillesse, votre obéissance, votre acceptation raisonnée de la disciplne. Je me souviendrai toujours, et partout où j'irai, de l'affection, de la confiance totale que j'ai devinée en vous, malgré la crainte inspirée par le terrible " ông Econome ".


Merci à notre TUÂN, brillant, parfois difficile, mais si fin, prix d'honneur depuis la 6ème Spéciale, qui a su si bien exprimer les sentiments de ses camarades et si bien comprendre son Surveillant Général !


Soyez tous persuadés que, ma femme et moi-même conserverons, longtemps, le souvenir de cette magnifique soirée.


Ces huit années passées au Collège Français de Nhatrang, aves ses élèves, leurs parents, le personnel tant enseignant qu'administratif dirigés par notre brillant Chef, Mr FAURE, resteront à jamais, en nous, la période la plus riche, la plus passionnante et la plus agréable de notre vie.


H. SANDJIVY




Speech prononcé par Mr JEHN

Représentant des Professeurs et des Maîtres


Cher Monsieur Le Directeur,


Au nom de tous mes Collègues, et en mon nom personnel, j'ai l'honneur de vous adresser, ce soir, quelques mots d'adieu. Certes, j'aurais préféré vous adresser quelques paroles de bienvenue, mais le destin en a décidé autrement, puisque vous devez non seulement nous quitter, mais encore laisser ce Collège qui vous est si cher et qui représente une œuvre magnifique. Nous sentons déjà combien votre tristesse est immense à l'idée de vous éloigner pour toujours de ce que vous avez accompli ici : vous y avez tellement mis de votre cœur.


Tant que nous pourrons continuer à exercer dans cet établissement, si enchanteur par son cadre verdoyant et fleuri, nous penserons à vous, car tout, ici, nous fait penser à vous.

Vous avez toujours su créer un climat d'entente entre nous et, en même temps vous étiez là pour nous donner, le cas échéant, de judicieux conseils.

Comme ce fut plaisant pour nous de travailler ainsi ! Notre labeur quotidien en a été grandement facilité. Pour ma part, j'avoue que j'ai passé, ici, neuf années de ma vie dans des conditions exceptionnelles de bonheur. Et puisque nous étions heureux, nos élèves aussi l'étaient.

Une affection sincère entre le Directeur, Surveillant Général, Professeurs, Maîtres, Parents et Elèves règnait dans ce Collège, et seul le Chef pouvait créer de telle ambiance.


Vous devez recevoir des louanges, cher Mr Le Directeur, pour tout ce que vous avez fait ici, et nous sommes tous d'accord pour vous les décerner.


Le seul et ultime vœu que nous puissions formuler maintenant, c'est d'avoir l'espoir, où que nous nous trouvions, d'être aussi heureux que nous l'avons été dans ce collège, sous votre paternelle sollicitude.


Nous sommes tous très émus de vous voir partir, sans l'espoir de vous voir retouver ici un jour, mais nous comprenons aussi que vous êtes fatigué après tant d'années passées dans ce pays que vous aimez beaucoup et qui est, il est vrai, si sympathique, et que vous méritez votre repos en France, au milieu de votre chère famille qui vous attend.


Tout en vous disant encore une fois nos regrets, nous vous souhaitons, ainsi qu'à votre chère épouse, Mme FAURE, un bon retour en France, une vie paisible et heureuse, entourés de tous ceux qui vous aiment.


A vous aussi, cher Monsieur Le Surveillant Général, permettez-moi, au nom de tous mes collègues et en mon nom personnel, de vous dire combien nous sommes attristés de vous voir partir. Tous les enfants vous aimaient bien, parce que vous êtes bon et juste. Vous appliquiez quelquefois le proverbe : " Qui aime bien, châtie bien " et les enfants comme les parents vous en étaient finalement reconnaissants. Il s'agit, en effet, non pas de laisser faire, mais d'éduquer.


Vous avez été le précieux collaborateur de Mr Le Directeur, et vous avez su également, comme lui, créer une heureuse ambiance dans ce collège. Nous vous en remercions. Nous vous adressons nos meilleurs vœux ainsi qu'à votre famille et nous espérons que votre éloignement sera de courte durée et qu'un jour vous nous reviendrez pour la grande joie de tous, Parents et Elèves.


G. JEHN




Discour du Docteur Đào Huy Kình

Président de l'Association des Parents d'Elèves


Monsieur le Directeur,

Mesdames, Messieurs,

Mes chers enfants,


Tout d'abord, nous nous permettons de présenter au nom du Comité de l'A.P.E. du Collège, nos plus sincères remerciements à M. le Directeur, à tous nos amis français et vietnamiens qui ont aidé à réaliser cette importante réunion, à toutes les personnalités de la ville, aux deux corps, enseignant et administratif du Collège, ainsi qu'à leur famille, à toux ceux qui sont venus, ce soir, participer à ce témoignage de reconnaissance, reconnaissance des élèves envers leurs maîtres, et surtout profonde gratitude de Parents d'Elèves vis-à-vis de ceux à qui ils ont confié l'éducation de leurs enfants.


Cette présence, la plus nombreuse qu'on ait jamais vue à NHATRANG de parents à côté de leurs enfants est largement suffisante pour vous dire l'importance que toutes les familles apportent à ce repas annuel traditionnel, qui constitue cette année un festin d'adieu, organisé en l'honneur de M. le Directeur, de Mme FAURE et de M. le Surveillant Général, qui vont nous quitter, soit pour un autre poste, soit pour rentrer définitivement en France.


Devant cette triste séparation qui va avoir lieu dans quelques temps, nous autres, Parents d'Elèves, qu'avons-nous à dire, et dans le plus profond de notre cœur, à ces trois grands bienfaiteurs qui ont contribué, durant une grande partie de leur vie, à édifier l'avenir de nos enfants, et, contribué pour une large part à la mission de culture de notre peuple?...


Nous nous permettrons donc de vous faire part de ce que nous pensons, en ce qui concerne ces trois personnalités, aussi importantes les unes que les autres, chacune dans son domaine.


Tout d'abord, nous nous adresserons à Mme FAURE, l'un des professeurs du Collège les plus estimés des parents d'élèves. En effet, Chère Madame, vous vous montrez toujours consciencieuse dans votre noble tâche; votre présence à côté des enfants constitue pour eux un encouragement, surtout, pour ceux des Classes Spéciales qui doivent affronter le pénible passage du programme vietnamien au programme français. Vous avez toujours réussi à les initier, à les entraîner pas à pas, de telle sorte que l'année suivante, en passant en classe de Cinquième, ils s'habituent aisément au programme secondaire français. Tout cela est dû au fait que les enfants vous aiment comme leur propre mère parce que vous les aimez comme vos propres enfants: c'est cet amour réciproque qui explique vos succès pédagogiques.


En dehors de votre travail de professeur, vous avez plus que tout autre, et de par votre situation d'épouse de Monsieur le Directeur, contribué à une grande partie de l'édification et au plein développement de cet établissement, et cela, par des efforts soutenus pendant dix sept ans.


Maintenant vous allez quitter ce beau collège, ces classes bien aérées, bien corfortables, ces jolis jardins de fleurs bien entretenus, qui garderont toujours la marque de votre souvenir. Au nom de toutes les familles, absentes, ou ici présentes, je vous adresse nos plus sincères remerciements.


Quant à vous, Monsieur le Surveillant Général, nous devons vous dire que la nouvelle de votre départ a causé parmi nous, parents d'élèves, beaucoup de regrets. Vous êtes ici depuis huit ans. Durant cette période vous avez gagné l'estime de toutes les familles françaises et vietnamiennes ayant des enfants au collège. Et, ce qui est remarquable, c'est que ces enfants vous aiment: ce n'était pas la même chose de notre temps, quand nous étions élèves, car nous avions peur de M. le Surveillant Général, distributeur de punitions et de consignes. Mais vous, M. SANDJIVY, vous surveillez vos élèves en les entourant d'une sollicitude presque paternelles; et ce qui dépasse notre imagination, c'est ceci: vous avez une mémoire formidable....vous les distinguez les uns des autres, vous les appelez chacun par son nom [...Presque tous les parents d'élèves racontent que, quand ils viennent au collège pour vous voir, vous savez tout de suite qu'il s'agit de tel ou de tel enfant, de telle ou telle classe, que tout de suite vous dites: « X...., c'est un garçon sérieux....; Y..., travaille moins bien!...; Z...devrait redoubler d'efforts en français, ou en matématiques ». Et nous, nous ne pouvons nous empêcher d'éprouver une agréable surprise et une douce émotion en nous disant: « voilà jusqu'à quel point on s'occupe de l'éducation de nos enfants! ». Ainsi, la discipline qui règne dans l'enceinte du collège, et qui s'étend même après les heures de classe, la haute réputation dont jouit notre Collège au point de vue de la tenue générale de nos élèves, tout cela est dû, croyez-nous, pour une large part, à Monsieur le Surveillant Général.


Cher Monsieur SANDJIVY


Vous allez nous quitter pour un autre poste, mais vous resterez toujours au VIETNAM, avec nous. Nous espérons donc que votre départ ne sera pour nous qu'un simple au revoir, et que plus tard vous reviendrez à NHATRANG. Maintenant, la partie la plus importante de mon discours, s'adressera au plus grand bienfaiteur de cet établissement, à l'édificateur d'une œuvre culturelle aussi importante qu'est le Collège Français de NHATRANG, tel que nous le voyons aujourd'hui. Je m'adresse donc à Monsieur FAURE, Directeur du Collège, qui va quitter définitivement le VIETNAM, après dix sept ans de service, après dix sept ans d'un long labeur et de persévérance, après dix sept ans de service dans un même poste, sans se lasser des gens et des choses, et toujours en conquérant les cœurs.


Comme tous les représentants de la Mission Culturelle Française, Monsieur FAURE, vous avez semé, ici, quelque chose qui a pris racine et qui durera toujours.


Votre belle œuvre, la plus belle qui soit et que vous avez accomplie sur cette côte pittoresque, dans cette belle ville de NHATRANG, je ne sais si je suis capable de la relater toute. Je me bornerai donc à vous inviter, mes Chers Auditeurs, à jeter un regard rétrospectif, sur ce qu'était ce collège il y a dix sept ans. Vous verrez en mémoire (ou bien, si vous n'étiez pas ici, on vous le dira) une toute petite école primaire de TROIS classes, comportant à peine CENT élèves. Vous allez après, mettre cette image à côté de cet ensemble tout à fait harmonieux qu'est actuellement notre collège, où plus de SIX CENTS élèves, depuis les classes de ONZIEME jusqu'à la SECONDE, travaillent dans des salles spacieuses, bien confortables, s'amusent dans un décor magnifique, dans des vastes cours bien ombragées, avec de jolies jardins de fleurs minutieusement entretenus, où nos enfants grandissent sous la surveillance vigilante de Monsieur le Directeur, de Monsieur le Surveillant Général et de leurs maîtres.


Parmi les nombreux élèves qui ont le bonheur d'être formés par vous, Monsieur FAURE, beaucoup sont devenus des hommes dignes de ce nom, et qui sont en train de servir notre patrie sur tous les fronts et dans tous les domaines; il en est d'autres qui reviennent au collège, auprès de vous, pour être vos collègues. Il y a donc de quoi vous estimer fier en nous quittant.


Je vais me permettre ensuite d'évoquer quelques souvenirs les plus simples que je garde de vous, Monsieur FAURE, mais qui disent tant de choses. Je vois en esprit, et plus d'une fois, quand je viens au Collège, Monsieur FAURE au milieu de ses élèves, ou à la tête d'une quarantaine de tout petits de Onzième ou de Dixième, les menant aux séances de vaccination, leur parlant comme un père à ses enfants, les consolant quand ils pleurent. Et, plus d'une fois, je vous ai dit, vous vous le rappeliez, Monsieur FAURE: « Comme vous aimez vos enfants, et combien ils doivent vous aimer! Vous avez une très belle famille ... Comment, vous allez les quitter!!?? »


Et ces enfants, vous allez les quitter, en effet, et pour toujours. Mais vous souffrirez en les quittant, et leur image vous suivra jusqu'au delà des mers pour vous rappeler les plus beaux souvenirs et les heures que vous avez vécues pendant une longue période, la plus belle de votre vie.


Cher Monsieur FAURE,


En cette occasion, la dernière peut-être qui nous unit si nombreux, permettez-moi de réciter ces vers fameux que l'on répète à chaque triste séparation, ces vers qui vous concernent tous, Madame FAURE et M. le Surveillant Général.


« Partir, c'est mourir un peu,

C'est mourir à ce qu'on aime,

On laisse un peu de soi-même

A tout heure, en tout lieu. »


Ces vers seront donc mon AU REVOIR, et, pour terminer, je vous souhaite, au nom de toutes les familles ici présentes, vous trois, Monsieur le Directeur, Madame FAURE, Monsieur le Surveillant Général,


« BONNE CHANCE ».


Docteur Đào Huy Kình

Président de l'Association des Parents d'Elèves




Invitation par

l'Association des Parents d'Elèves


L'Association des Parents d'Elèves du Collège Français de Nhatrang prie Monsieur Le Directeur du Collège et Madame FAURE d'honorer de leur présence le Banquet qu'elle offrira dans une cour du Collège, le Samedi 20 Mars 1965 à 19 heures, à l'occasion de leur prochain départ.


LE COMITE


Le menu du Banquet a été élaboré par le restaurant chinois ĐỒNG KHÁNH (4 rue Độc Lập) :


- Soupe d'asperge au crabe

- Hors d'œuvres de Chine

- Crevettes roulées façon Đồng Khánh

- Canard au bain-marie

- Riz cantonnais


- Gâteau à la crème, banane, café ou thé.





Lettre de remerciement de Mr FAURE

Directeur du Collège Français de Nhatrang







© cfnt, Collège Français de Nha Trang